Serving the Eastern Townships English-speaking Community since 1979.

Le français, langue normale et habituelle du travail. Commentaires présentés au Conseil supérieur de la langue française

December 12, 2003

LASSOCIATION DES TOWNSHIPPERS.
Lassociation des Townshippers célébrera son 25ième anniversaire en juin 2004. Sa mission est de promouvoir les intérêts de la communauté d'expression anglaise dans les Cantons-de-l'Est historiques, renforcer l'identité culturelle de cette communauté et favoriser la participation à part entière de la population d'expression anglaise dans l'ensemble de la communauté.

CANTONS DE LEST.
Lassociation dessert un territoire mesurant 16,000 kilomètres carrés. Ce territoire comprend la région de lEstrie et une partie des régions de la Montérégie, du Centre-du-Québec et de Chaudière-Appalaches. Il sétend de Philipsburg et de Drummondville à Lac Mégantic et de Stanstead à Inverness et à Thetford Mines.

LA COMMUNAUTÉ DE LANGUE ANGLAISE.
Quarante-et-un mille anglophones vivent dans ce territoire (Recencement du Canada de 2001). En 1971, les Townshippers dexpression anglaise se chiffraient à 57,800. La population de notre communauté a décru de presque 30 % sur une période de 30 ans. En 1971, nous représentions 11 % de la population totale des Cantons de lEst, et maintenant nous nen composons plus que 6 %. Cela démontre, de toute évidence, le très grand nombre de jeunes dexpression anglaise qui ont quitté la région.

Les conséquences de cet exode continu sont de deux ordres. La communauté anglophone comme telle sest de beaucoup réduite et sa composition sest également modifiée. La proportion des gens âgés de plus de 65 ans sest de beaucoup élargie pour atteindre un niveau historique. Un grand nombre de ces personnes âgées expérimentent de graves lacunes en matière de soutien familial parce que leurs enfants ont quitté la région. La communauté a perdu un grand nombre de ses institutions et de ses commerces.

Mais nous ne sommes pas disparus. Notre communauté possèdent des racines profondes et une forte identité culturelle. Quelque 66 % de la population anglophone des Cantons de lEst est bilingue. Nous aimons les Cantons de lest et désirons nous consacrer au bien-être de la communauté dans son ensemble. Beaucoup, au sein de notre communauté et dune façon plus profonde que vous ne limaginez peut-être, comprennent la motivation sous-jacente à linitiative de francisation et à la promotion de la langue française. En tant que minorité linquistique au sein dune minorité, nous comprenons les pressions que la majorité linguistique finit par créer, de par sa propre existence, à lendroit des minorités linguistiques. Nous sommes des Québécois et désirons que la langue française fleurisse au Canada.

LE PRIX À PAYER POUR LES LOIS SUR LA LANGUE.
Cependant, nous désirons également que notre communauté sépanouisse. Les lois sur la langue ont eu, au cours des 30 dernières années, un coût élevé pour la minorité anglophonne de notre région. La façon de promouvoir la langue française ne devrait pas et na pas besoin de se faire aux dépens de la vitalité et du gagne-pain de la minorité anglophone au Québec.

Si, par exemple, les anglophones utilisent langlais dans un contexte de communications internes au sein de leurs propres entreprises, cela ne peut en rien affecter la qualité de lutilisation de la langue française au Québec ou encore, avoir un impact sur sa survie ou la survie de la culture française. Cest un fait indiscutable que le français est la langue officielle du Québec et lutilisation de langlais par la communauté minoritaire nen menace pas le statut.

Cependant, ce quune application aggressive des lois sur la langue finit par accomplir, cest de démotiver les anglophones à apprendre le français ainsi que les francophones, de le parfaire. Personne naime se faire dire quoi faire.

Le fait doffrir des « sceaux dapprobation » pour la qualité de lutilisation du français ainsi que des mesures dencouragement est tout aussi démotivant. Ceux qui sont incapables datteindre le niveau requis vont perdre et voir senvoler des ouvertures au plan économique. Par contre, ceux qui peuvent atteindre le niveau requis accompliront le minimum exigé et sen tiendront là.

Les deux approches sont concentrées sur des motivations extrinsèques et portent atteinte à la motivation intrinsèque inhérente au plaisir et à la satisfaction dutiliser et de maîtriser une langue conduisant à de nouvelles possibilités quelles soient de nature culturelle, sociale ou économique.

OBSERVATIONS.
Nous avons relevé un certain nombre de points intéressants dans le document de consultation du Conseil supérieur de la langue française. Par exemple:

Dans les tableaux 1 et 2, nous avons noté quen 1995, les anglophones unilingues au Québec gagnaient des revenus inférieurs à ceux des francophones unilingues, et cela, même si un nombre plus élevé danglophones (25 %) que de francophones (15 %) détenait un diplôme universitaire. La tendance qui se dessine suggère que les revenus des anglophones unilingues baisseront encore plus à lavenir par rapport à ceux des francophones. Cest évident que le français est un outil essentiel dans le monde actuel des affaires au Québec, particulièrement dans cette ère de la technologie et du traitement de linformation.

Dans le tableau 3, nous avons remarqué que dans la région de Montréal, il y a proportionnellement plus danglophones qui utilisent le français au travail (32 %) que de francophones qui utilisent langlais (12 %).

En 1992, 77 % des petites entreprises appartenaient à des francophones. Selon le recensement de 2001, 92 % des francophones de lensemble du Quebec affirment travailler le plus souvent en francais. Nous pensons que tout semble bien aller.

Le fait que seulement 45 % des travailleurs, à Montréal, nutilisant ni le français ni langlais au foyer, utilisent le français le plus souvent au travail est présenté comme un problème. Que comprenons-nous au sujet de ce phénomène? Pourquoi cela est-il comme ça? Combien de personnes en chiffres réels sont-elles concernées par cela comparé au nombre de francophones en chiffres réels? Quelle est limportance de limpact réel sur la qualité et lutilisation du français à léchelle du Québec?

Dans lensemble, les statistiques rapportées dans le document de consultation nous suggèrent que des progrès énormes ont été accomplis, au cours des 25 dernières années, parmi les représentants de toutes les groupes linguistiques en ce qui concerne lutilisation du français au travail. Nous aimerions donc soulever les points suivants:

LE BILINGUISME, UN ATOUT AU TRAVAIL.
Comment est-ce que la situation économique des francophones évoluera-t-elle, dans un contexte de mondialisation, au cours des 25 prochaines années si on les décourage dapprendre langlais et de lutiliser dans les transactions commerciales externes? Le revenu moyen est relativement plus élevé chez les personnes bilingues peu importe que leur langue maternelle soit langlais ou le français. Que ce soit pour les anglophones ou les francophones, le bilinguisme est assurément un avantage dans notre monde daujourdhui que ce soit dans les contextes économiques au Québec ou à léchelle mondiale.

LE DROIT DAPPRENDRE LE FRANÇAIS.
Nous approuvons lidée que le fait dapprendre le français soit un droit et nous encourageons le gouvernement du Québec à mettre des cours de français à la disposition de ceux qui peuvent et souhaitent les suivre. Mais plutôt que de se concentrer uniquement sur les cours de français, nous suggérons que le monde des affaires soit amené à offrir des cours, en français, sur une variété de sujets pertinents. Au-delà de lapprentissage à une langue parlée, le fait dapprendre dans un contexte permettant de maîtriser une compétence et délargir son propre bagage culturel rehaussera, pour létudiant, sa maîtrise de la langue et le plaisir quil en tirera ainsi que le processus de son apprentissage.

LÉGIFÉRER SUR LA LANGUE.
Nous ne croyons pas quil serait utile de continuer à légiférer sur la langue pour encourager lutilisation du français sur les lieux du travail. Si, comme lindique le document du Conseil, « le rattrapage des inégalités sociolinguistiques est largement accompli, » nous pensons, alors, que le moment est venu dadopter une approche différente. Le document du Conseil ajoute « Il reste à faire de la langue française la langue normale et habituelle des milieux de travail mixtes linguistiquement.» Pourquoi ne pas, plutôt, accepter la présence dun certain nombre de milieux de travail mixtes au plan linguistique comme étant un aspect normal dune société hétérogène ayant des marchés linguistiques mixtes?

DISPOSER DOUTILS FRANCISÉS.
Nous aimerions voir le français utilisé, bien utilisé, dans le monde des affaires aussi bien que dans celui des arts. Nous aimerions voir une population dexpression française chérir le raffinement et le développement de la propre langue officielle du Québec. Une approche proactive pourrait comporter la création et le soutien dévénements particuliers où lon encouragerait les participants à parler et à écrire le français correctement. On pourrait également susciter plus dactivités culturelles qui encouragent et gratifient lutilisation des arts de la langue, lélargissement du vocabulaire, les structures grammaticales appropriées et les habiletés en rédaction. Linternet est un outil merveilleux qui peut être utilisé pour promouvoir lutilisation dune terminologie pertinente. On peut développer des outils pédagogiques pour contribuer à la promotion des compétences linguistiques.

FRANCISER LES MOYENNES ENTREPRISES.
La certification des entreprises ainsi que les exigences ou les campagnes de publicité pour « acheter en français » peuvent, dun côté, récompenser les entreprises qui adhèrent aux normes établies de la langue française. Dun autre côté, cependant, ces initiatives pénaliseront les entreprises qui appartiennent aux citoyens des minorités linguistiques et semblent encourager ouvertement la discrimination à leur égard, peu importe la qualité de leur service en général. Nous nous objectons de tout cur à de telles mesures. Cela semble contre-productif deffectuer de la discrimination à légard de produits de qualité supérieure qui coûtent peut-être moins cher que ceux de compagnies qui ont mérité le « sceau de qualité langue. »

De plus, les mesures proposées par le Conseil semblent ajouter considérablement au fardeau fiscal des petites entreprises en général (dont 77 % étaient, en 1992, la propriété de francophones). Nous suggérons que le gouvernement ne prennent pas de mesures qui vont augmenter les obstacles fiscaux et administratifs qui existent déjà dans ce secteur essentiel de notre économie.

En 1993, dans un mémoire présenté à la Commission de la culture, lAssociation des Townshippers a suggéré un certain nombre de mesures pour renforcer la langue et la culture françaises. Elles sont tout aussi pertinentes aujourdhui quoique plusieurs ont déjà été mises en application. En voici un rappel.

Promouvoir et mieux financer les artsédition, écriture, cinéma, théâtre.

Consacrer un mois à la promotion de la langue et de la culture françaises, peut-être en juin, où une semaine serait consacrée au théâtre et aux films, une autre à la poésie et à la prose, une troisième à la musique et à la danse, une quatrième au patrimoine et à la culture.

Promouvoir et mieux financer les bibliothèques municipales et scolaires.

Mieux financer les archives pour des acquisitions et des expositions.

Augmenter les exigences de base des compétences en français à tous les niveaux dans les réseaux déducation français et anglais.

Modifier les programmes scolaires afin de mettre laccent sur lhistoire, les arts, la littérature et autres traditions culturelles du Québec.

Élargir les programmes déchanges scolaires pour y inclure ceux entre francophones du Québec et francophones dailleurs au Canada.

Subventionner la traduction de manuels de base, pour les niveaux du cégep et du baccalauréat universitaire, actuellement disponibles seulement en anglais.

Mieux financer la recherche sur tous les aspects de la langue et la culture françaises.

Ajouter du financement pour les musées, pour acquérir du matériel dexposition, des pièces dexposition, des guides audio et des catalogues.

Financer des émissions de télévision visant à accroître la connaissance sur le Québec, son histoire, ses langues et ses cultures et également accroître la fierté ainsi engendrée.

Lenseignement de langlais constitue lune des industries de croissance dans la communauté anglophone. Nous savons, par expérience, que les jeunes parents francophones revendiquent, au sein du système scolaire, des cours améliorés danglais langue seconde. Cest regrettable que, pour la vaste majorité des parents, quun enseignement de meilleure qualité de langlais langue seconde ne soit disponible que pour ceux qui peuvent se permettre denvoyer leurs enfants dans les écoles privées. Cest également regrettable que la société québécoise na pas pour but de sassurer que lensemble des jeunes gens aient une bonne maîtrise de langlais et du français au moment où ils terminent leurs études secondaires.

La communauté anglophone a changé. La plupart des gens sur le marché du travail ont une connaissance du français permettant de communiquer adéquatement. Le segment plus âgé de cette communauté aura besoin de personnes dispensatrices de soins qui peuvent communiquer convenablement en anglais. Nous reconnaissons, que pour plusieurs, le besoin de créer des postes bilingues est un affront. Cependant, nous aurons besoin de travailleurs bilingues jusquà ce que les personnes âgées de la communauté anglophone nous aient quitté. Nous sommes davis que, particulièrement au sein du système des soins de la santé, le droit de recevoir des services en anglais prime sur le droit de travailler en français. Des vies sont en jeu. Nous espérons que vous tiendrez compte de nos inquiétudes qui ont, en partie, motivé notre visite de ce jour.

Merci.

Kevin Craft, Peter Whitcomb, David Wright
Members of the Board of Directors